"La guerre ne meurt jamais. Elle s’endort seulement de temps en temps. Mais il faut faire attention de ne pas la réveiller. Elle a le sommeil très léger. Et une fois réveillée, elle est toujours de très mauvaise humeur."

Coralie, dans la scène « Ados à dos »

 

 

 

 

 

Rencontre avec les initiateurs d’UtopaiX : Michèle-Andrée et Pierre-Marie Epiney

« UtopaiX » est déjà votre cinquième comédie musicale. Pouvez-vous nous parler en quelques mots des précédentes comédies.

« GénérationS » (1997) était une commande du Centre médico-social régional pour fêter son vingtième anniversaire. Le thème illustrait les relations intergénérationnelles que promeut le CMS. Cette comédie faisait suite à deux autres plus légères : « Circus et boule de Gomme » (1992), un spectacle sur le cirque et « Rue Tabaga » (1994), une rue qui luttait contre l’indifférence ambiante. Quant à « ExilS » (2000, il s’agissait d’une comédie contre toutes formes d’exclusions.

« UtopaiX » est donc une troisième comédie musicale à thème. Qu’est-ce qui vous incite à préférer une thématique « lourde » à des sujets plus légers ?


Nous en voyons plusieurs raisons. De prime abord, ces sujets nous passionnent. En montant des spectacles autour de ces thèmes, nous prenons le temps de mieux les approfondir. Puis nous aimerions partager nos découvertes avec le spectateur. A ce titre, nous aimerions être des semeurs d’émotions. Parfois de manière provocante, nous lançons des bouteilles à la mer. Et tant mieux si certains spectateurs seront émus, voire surpris. Comme tous les faiseurs de rêve, notre ambition est de quitter quelques instants la léthargie ambiante en quête d’un regard neuf sur le quotidien, ses petites paix et ses violences larvées ou réelles !
D’autre part, nous disposons avec « GénérationS Arc-en-Ciel » d’un « réservoir » humain idéal ; en effet, l’éventail des âges de nos choristes (de 6 à 50 ans) nous permet de situer des scènes où les acteurs ont l’âge des personnes qu’ils jouent. Ainsi, le général est âgé de 50 ans alors que Kevin a l’âge de son héros, Nicholas Green. Cela ajoute à la sincérité du jeu et assure de mieux véhiculer l’émotion. Sans oublier que ces thématiques touchent tout un chacun, à plus forte raison nos adolescents qui sont de merveilleux « empêcheurs de tourner en rond ».
Bien sûr, nous nous sommes souvent demandés si l’étiquette « comédie » convenait encore à ce type de spectacle. Tout compte fait, nous pensons que oui. Si quelques-unes de nos scènes sont noires, c’est pour mieux mettre en évidence le final de la comédie qui est résolument positif. Que pouvons-nous opposer à la violence et à la guerre ? La générosité, le pardon, le rêve, l’envie d’être-au-monde : des « forces » qui nous élèvent sûrement au-delà des contingences et des lourdeurs terrestres vers un monde où les humains ont des ailes – parce que, si en chaque humain sommeille un démon, un ange aussi sommeille – .


De plus, nous « priorisons » toujours la dimension comique du discours, c’est pourquoi les pointes d’humour colorent les situations qui risqueraient d’être parfois trop pesantes.
Néanmoins, loin de nous l’idée de nous cantonner dans ce créneau. Pour preuve, nous avons monté le « Petit Prince » de St-Exupéry (fondation Gianadda, décembre 2001) qui était une création légère comme une bulle de savon. Et, d’autre part, il n’est pas impossible qu’un prochain spectacle s’inscrive dans une veine plus légère.

Quelle est la genèse de cette comédie ?


En octobre 1998, sous l’impulsion de Michel Veuthey et de son épouse, « GénérationS Arc-en-ciel » a interprété une création en français, une « Cantate pour la Paix », oeuvre de deux compositeurs polonais, Jan Tyszkiewicz et Franco Taormina. Lors de son internement à Dachau, Jan Tyszkiewicz avait pris conscience, avec une acuité terrible, de la détresse des enfants victimes de la guerre. L’interprétation de cette œuvre et sa dimension hautement tragique nous ont donné envie de monter un spectacle autour de la paix et de la guerre, leitmotive de notre condition humaine. La guerre n’est pas seulement une histoire de bombes et de terreur extraordinaires. Les situations belliqueuses appartiennent à notre quotidien. Il n’y a souvent qu’un petit pas de la paix à la guerre. Il y avait donc l’opportunité de créer autour de ce thème phare un spectacle qui touche un grand nombre de personnes.
« UtopaiX », est-ce un néologisme ?
Oui, tout à fait. Ce mot a été créé pour les besoins du spectacle. En fait, c’est un mot-valise, la contraction de « utopie » et de « paix ». Il résume à lui seul la question posée par la comédie entière : « la paix est-elle utopique ? »
En collaboration avec Patrick Poscio, notre décorateur, nous avons imaginé un lieu utopique, hors du temps et de l’espace. A la fois mythique et magique, le plateau enracinera la comédie dans une terre d’exil, sorte de parenthèse entre le rêve et la réalité.
Quel travail préliminaire avez-vous fait ?
Nous avons d’abord choisi des chants qui « entraient » dans cette thématique, quelques chansons connues à quoi le public se raccroche facilement et, surtout des chansons d’un merveilleux compositeur français Gilles Maugenest. Nous avons découvert aussi les riches partitions d’Alain le Tribroche. Puis, Michèle a effectué un important travail d’harmonisation des pièces. Par exemple, elle a transcrit le chant « Sobreviendo » qui était simplement enregistré sur une cassette audio. Elle a ensuite imaginé 5 voix d’accompagnement et choisi l’orchestration.
Ensuite, nous avons défini un certain ordre. Nous avons défini une structure interne. Si « UtopaiX » n’est pas une histoire, un fil rouge se devine en filigrane.
De mon côté, j’ai parcouru une abondante documentation, afin de nourrir les flashs assurant les transitions entre les chants. Souvent inspirées de faits réels, ces petites scènes ont un aspect volontairement éclaté dans la comédie. Elles sont à comprendre comme des contrepoints aux chants, les annonçant ou en approfondissant quelques pistes.


Comment se prépare une comédie musicale impliquant plus de 130 personnes de tous âges ?
Les ingrédients sont simples : un temps de préparation suffisamment long, une solide motivation, une organisation bien charpentée et une équipe de responsables soudée.
Au niveau du temps, il a fallu compter seize mois pour mener à bien ce projet. Les premiers mois, nous passions 4 heures par semaine en compagnie de nos choristes ; depuis février de cette année, nous sommes passés à 8 heures hebdomadaires qui sont devenues 15 heures depuis la rentrée scolaire, ce temps ne prenant pas en compte la préparation à la maison. Bien sûr que si chacun devait assister à toutes les répétitions, cela aurait tout simplement été impossible. Pour ne pas lasser nos choristes, nous avons organisé le travail en équipes : les danseurs ont été répartis en 6 groupes de chorégraphie, les acteurs en 16 scènes et les chanteurs en deux chorales.
Heureusement que du point de vue organisationnel, nous avons été aidés par un comité de dix personnes : Albert Brégy, Isabelle Crettol, Hermine Hasler, Monik et Jean-Dominique Morard,
Bernard Mayensson, Ivana Mitrovic, Sébastien Pellaz, Patrick Poscio et Henri Théodoloz. A l’exception de deux d’entre elles, toutes chantent dans GénérationS. Chacun a assumé avec efficacité un poste clé pour permettre la réalisation de cette comédie.
Portés par l’élan de toutes ces personnes et par l’immense énergie de tous les membres, nous n’avons eu aucune difficulté à maintenir en éveil la motivation de chacun.

Avez-vous pu compter sur des appuis extérieurs à GénérationS Arc-en-Ciel ?


Pour la réalisation des costumes, Hermine Hasler, nous a proposé de les concevoir. Depuis le printemps, elle a réuni autour d’elle un groupe d’amies couturières qui ont découpé plus de 150 costumes.
Les accessoires et le décor ont été réalisés par la COREM à Sierre dans les ateliers du cepeq, ceci sous la responsabilité de messieurs Rémy Zufferey et Jean-Paul Margelisch. La mise en relief du décor a été imaginée puis réalisée par Roger Frei, décorateur de théâtre et artiste-peintre.
Au niveau de la chorégraphie, nous avons engagé un danseur professionnel, Fernando Carrillo qui nous a apporté tout son savoir.
La bande son et le CD ont été enregistrés au studio Fabémol (Jean-Michel Hugon) par le chœur accompagné d’un groupe de musiciens professionnels, à savoir : François-Xavier Amherdt, guitare classique ; Michèle-Andrée Epiney, piano et synthés ; Luigi la Marca, batterie et percussions ; Gérard Métrailler, trompette ; Patrick Perrier, guitare basse ; Alex Ruedi, flûte et saxophones et Jack Sakic, guitares électrique. Notre fils Thierry a imaginé des intermèdes musicaux.
La ligne graphique, toute de fraîcheur et de dynamisme, est l’œuvre de notre graphiste Chab Lathion. Les éclairages sont de Philippe de Marchi assisté de Marco In-Albon et la sonorisation de Pierre-Alain Gabbut. De son côté, l’Atout nous a assuré de son appui technique.



Avez-vous déjà d’autres projets en vue ?


Le 23 février, à la Matze, l’Arc-en-Ciel des Enfants aura l’immense plaisir de chanter un conte musical, « le Petit Poucet » avec l’Ensemble Instrumental Valaisan, un orchestre de musiciens professionnels.
Fin avril, GénérationS participera au festival « Apollonies » de Verdun où il chantera de larges extraits de cette comédie devant un public français.
Pour la suite, nous allons sans doute monter une création qui sera le fruit de la collaboration entre Edouard Chappot (compositeur et musicien à l’Orchestre de la Suisse romande) et Pierre-Marie Epiney pour les textes.
Ces activités se dérouleront parallèlement à nos fonctions d’animateurs de célébrations qui sont pour nous une source d’équilibre et de ressourcement indispensables.

Voir aussi "la grue, symbole de paix comme la colombe".