Patrick Poscio signe la mise en espace d’UtopaiX

1.Tu as relevé le défi d’imaginer le décor de notre comédie musicale. Le décor que nous avons sous les yeux, était-il ta première idée ou as-tu exploré d’autres pistes avant de te lancer dans celle-ci ?
Non. La première idée était de trouver un décor qui mette en espace la problématique « guerre-paix » tout en plaçant à vue du public les 130 chanteurs. La pyramide aztèque avec ses différents niveaux était de ce point de vue une structure idéale. Puis, progressivement la thématique s’est orientée vers la paix, un chant se dégageant comme fil rouge : Stonehenge. Dès lors, la pyramide est devenue colline et de nouveaux éléments architecturaux ont fait leur apparition tels des menhirs et un dolmen monumental. Le décor réaliste du premier projet avait fait place à une réalisation de type carton-pâte. Mais l’inconvénient commun à ces deux projets était de rendre très difficile les déplacements et la dynamique gestuée du chœur.

Après plusieurs semaines, nous étions donc arrivés dans une impasse, il nous fallait tout reprendre à zéro et imaginer un décor permettant une grande mobilité aux choristes. Des passerelles suspendues à l’utilisation d’un plateau tournant, nous sommes enfin arrivés au décor idéal. A partir d’une place, lieu propice aux relations et aux activités humaines, dans un village imaginaire, sans référence culturelle ou historique, notre comédie UtopaiX pouvait prendre vie.


2.Quelles étaient les contraintes imposées dans la conception du décor ?
La principale contrainte était de permettre à 130 personnes d’être tour à tour et rapidement chanteur, danseur ou acteur, tout en garantissant au public une parfaite visibilité. Il était donc impératif de disposer d’une plate-forme à plus de 2 mètres afin de placer une soixantaine de personnes et de garantir des voies de circulation rapides entre cet étage, le plateau et les coulisses.
Il fallait également utiliser au mieux l’immense espace qu’offrent les halles en se démarquant du décor frontal de notre comédie précédente. Le décor se compose de deux groupes de « maisons » qui occupent complètement deux côtés, le troisième étant voué à une rampe. La visibilité est assurée par des passerelles, des balcons, des angles non droits et des galeries couvertes.
Nous avons aussi volontairement renoncé aux traditionnels rideaux séparant précisément le public de la scène.

3. Quelles ont été les étapes dans la réalisation du décor ?
Une fois le projet défini, il fallait opter pour une réalisation technique qui tienne compte à la fois des impératifs de sécurité, de simplicité (via une construction modulaire) et de maîtrise des coûts. Il fallait de plus imaginer une structure qui puisse être construite par des non-spécialistes, démontée, transportée et remontée aux Halles dans un laps de temps très court.

4.De la conception à la réalisation, il y a eu plusieurs intervenants. Peux-tu nous en parler ?
A partir des plans grossiers et d’une maquette au 1:25 réalisés par nos soins, nous avons mandaté un architecte et un bureau d’ingénieurs pour assurer la responsabilité du bâti et pour réaliser les plans de détails qui ont permis d’usiner les 10 m3 de charpente par PAO (production assistée par ordinateur).
Grâce à cette solution de type « Légo », nous avons pu solliciter la COREM qui, par le biais de son atelier cepeq (centre pour emploi qualifiant), a assuré le montage complet de la structure en bois et des façades en sagex. Cette étape fut la plus longue puisqu’elle a occupé cinq personnes pendant deux mois.
Ensuite, le décor a été entièrement démonté et stocké, dans l’attente de son remontage définitif, réalisé par deux équipes de l’ORIPH, sous la supervision de Rémy Zufferey de la COREM. C’est justement durant cette période que notre décorateur Roger Frei est intervenu pour habiller d’aluminium les façades et les balcons.